Bien que les élections intermédiaires soient rarement favorables au pouvoir en place, les grands partis espèrent signifier leur existence par une large victoire lors de ces élections.
Deux conceptions de la gestion départementale
Gauche et droite ont toujours développé deux visions antagonistes de la gestion d’un Conseil départemental. A gauche, on mise sur l’investissement notamment dans les secteurs de l’action sociale et de l’éducation. Quitte à se financer à l’aide de la dette. A droite, on mise sur un fonctionnement rigoureux avec un contrôle mesuré des dépenses, donc avec une action sociale et éducative plus faible.
Franchir le premier tour
Le mode de scrutin des élections départementales tend à favoriser les grands partis en place : à gauche le PS, à droite l’UMP, à la contestation le FN. La difficulté toute particulière de ce scrutin est d’atteindre le seuil des 12,5 % de voix d’électeurs inscrits pour accéder au second tour. Or, dans un contexte où il y a environ un électeur sur deux qui s’abstient (seulement 44 % des Français s’étaient déplacés aux précédentes élections de 2011), cela signifie qu’il faudra obtenir 25 % des voix pour pouvoir passer le premier tour.
Le premier tour peut être sanglant et les « primaires de mort subite », dans le jargon UMP connues à droite, sont craintes de toute part. En effet, dans la configuration actuelle, le nombre de triangulaires (trois candidats qui se qualifient pour le second tour) ne peut être que faible. C’est ce pourquoi un jeu d’alliances est en train de s’établir, en bonne intelligence, entre, à droite des coalitions UMP-UDI (Union des démocrates et indépendants) et le MODEM (Mouvement démocrate). A gauche le PS, qui a négocié une alliance nationale avec le PRG (Parti radical de gauche) et le MRC (Mouvement républicain et citoyen) de Jean-Pierre Chevènement. Et des ententes locales entre EELV (Europe-écologie les verts) et le PCF (Parti communiste français). Seul le FN n’envisage pas de s’allier.
Les espoirs des grands partis
Trois partis tiennent la corde pour obtenir le plus grand nombre de présidence de Conseils départementaux à l’issue des élections départementales.
A gauche, le PS espère sauver les meubles en se basant sur les « bons bilans », selon Nicolas Bays, des présidents de Conseils départementaux sortants. Ils sont conscients que le contexte national pourrait jouer en leur défaveur, d’autant que les « réformes n’ont pas eu le temps de faire leur effet ». Le PS tient bon. Il se refuse toutefois à faire des estimations et à analyser les premiers sondages qui ne lui sont pas très favorables. Selon ces mêmes enquêtes d’opinion, le PS ne garderait en effet la présidence que d’un peu plus de dix conseils départementaux. Pire, ils seraient très souvent éliminés au premier tour des élections.
A droite, l’UMP espère « renverser la tendance actuelle », confie Eric Doligé, sénateur UMP et président du Conseil général du Loiret, chargé de coordonner cette campagne départementale. En 2014, 60 % de conseils départementaux sont dirigés par la gauche et 40 % par la droite. Les premiers sondages donnent confiance au parti conservateur qui mise sur ses réseaux d’élus pour redevenir majoritaire, en s’imposant grâce au rassemblement républicain sur le Front national.
A l’extrême-droite, Jean-François Jalkh chargé de la carte électorale au FN, évoque « l’ancrage local des candidats depuis les municipales. Le même qui leur a permis l’élection de deux sénateurs lors des élections de septembre ». Il ne renie pas la nationalisation des enjeux de la campagne, qui arrangera les intérêts du FN. Peu importe que les candidats soient inconnus dans les cantons, il est conscient que les électeurs de son parti votent pour une étiquette.
A campagne locale, enjeu national
Lorsqu’on leur demande pourquoi faut-il voter pour leur binôme, les différents partis affirment que c’est parce qu’ils sont les seuls à proposer une campagne locale et proche des gens. Pour la droite, la gauche aurait éloigné par ses mesures les citoyens de la politique. Pour la gauche, c’est l’investissement, notamment dans le social et les collèges qui rapprochent le département des citoyens.
Pourtant, la fusion des cantons provoque la méconnaissance de l’un des candidats par la moitié du canton. A cela, les partis arguent de la proximité naturelle de leurs élus. Eric Doligé, chargé des élections à l’UMP, précise même que « les candidats sont bien souvent des maires ». Les binômes sont alors « des associations d’élus des principales villes ».
Pourtant, à moins de deux mois des élections, tous les binômes ne sont pas encore investis dans tous les camps. S’ils le sont, ils ne se sont pas encore déclarés et restent encore inconnus de la plupart de leurs électeurs. Les différents responsables des élections au sein des principaux partis avancent alors encore une fois la part d’identification nationale du scrutin.
Quels enjeux pour les grands partis ?
Depuis les dernières élections cantonales de 2011, le PS est à la tête de 60 Conseils généraux. Un résultat que nuance aujourd’hui Nicolas Bays : « Ce sont des territoires historiquement à droite, que nous avons gagnés en 2011 par rejet de la présidence de Nicolas Sarkozy. Le PS est donc actuellement surreprésenté par rapport à la réalité électorale. Il est donc probable que le vote de mars équilibre la représentation nationale. »
Une élection à forte abstention
Les citoyens ne sont pas toujours très au fait des différentes élections. Entre les modes de scrutin, les territoires électoraux, la récurrence du vote, les citoyens ne s’y retrouvent pas toujours. Si l’on ajoute à cela les communautés de communes ou les communautés d’agglomérations, les syndicats intercommunaux et les métropoles, ils n’y comprennent plus rien.
Un an après les municipales, dix mois après les européennes, six mois après les sénatoriales (auxquelles seuls les grands électeurs ont pris part), les citoyens sont à nouveau appelés aux urnes en mars 2015. A ce propos, Dominique Moyse, responsable des élections à l’UDI, se montre plutôt sensible à l’idée que l’ « on vote trop » en France.
Au Parti radical de gauche, on est bien loin de ces questions. Peu importe le score, le PRG a besoin, comme tous les petits partis qui souhaitent obtenir des financements et des remboursements de l’Etat, d’avoir 450 candidatures de binômes à travers toute la France.
Encadré : Le « gerrymandering » est un concept de découpage électoral qui favorise un parti ou un candidat. Dans le cas des élections départementales, la tactique consiste à diviser les villes implantées dans le camp adverse et à regrouper les forces qui permettraient un basculement. Mais le « gerrymandring » peut se retourner contre ses instigateurs. Un des enseignements de 2015 sera de voir si malgré l’absention des électeurs de gauche et la montée du Front national, le PS résiste et reste majoritaire.

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