Il est 19 h 04 lorsque je quitte l’église Notre-dame-d’espérance dans laquelle je viens de célébrer la messe. je suis en train de redescendre l’avenue Ouzilleau en me demandant comment va le boulanger avec qui j’avais eu un contact sympa pendant la campagne des municipales. Quand je vois le feu au bout de l’arrière des bâtiments de la rue Utrillo.
Il est 19 h 06 et je n’ai pas le temps de réfléchir. Malgré tout, dans ma tête me reviennent ces paroles d’un jeune avec qui j’avais discuté en mars 2014. Avec un groupe d’autres jeunes (un peu moins âgé que moi), ils m’avouaient qu’ils leur arrivaient de brûler des objets à la demande de propriétaires soucieux de toucher un remboursement d’assurance. Eux étant payés pour cela. Une pratique que je comprends, même si elle me choque.
Instinctivement, j’appelle les pompiers et je fais le 18 sur mon portable (ma première fois). Je tombe sur un homme qui me demande mon numéro (sûrement pour vérifier que je ne suis pas un blagueur) et me met en lien avec un opérateur du poste des pompiers de Savigny-Morangis. Cet autre homme me dit que son collègue est en train de recevoir un appel similaire et qu’ils arrivent. Je leur parle alors d’une voiture sans savoir ce que c’est.
Pendant ce temps, je m’enfonce dans le passage derrière la rue Utrillo et je prends des photos et filme la scène. Arrivé à mi-hauteur de la rue, il est 19 h 08, je sursaute en entendant le réservoir exploser sans toutefois qu’il ne projette rien aux extrémités. Je suis interpellé par un jeune homme, capuche sur la tête qui du haut de la place commerciale me demande de filmer. Je suis déjà en train de le faire mais je ne suis pas tranquille.
Après deux minutes de film, je décide d’arrêter et je fais le tour en passant devant la rue Utrillo et je vais attendre les pompiers en me tenant dans la rue Van-Gogh. Ils arrivent 7 minutes 30 après mon appel (bravo, c’est du rapide). je leur fais signe et le camion s’enfonce par l’avant dans le passage derrière les immeubles. Il se retrouve bloqué par une petite barrière qu’un pompier va retirer mais un autre lui fait signe de ressortir et de rentrer par l’arrière.
En trois minutes, et après avoir sécurisé la zone, ils étouffent le feu avec une sorte de neige carbonique. Je pense alors aux façades de l’immeuble qui vont encore en prendre un coup. Puis ils rangent leur matériel, lorsque la BAC (Brigade anti-criminelle) arrive avec une voiture banalisée. Un homme, en civil, en sort et avec un autre et des armes déchargées, vont fouiller la zone. Un sentiment de colère m’envahit en les voyant…
Soudain, à 19 h 21, un projectile leur est lancé dessus. L’homme annonce qu’on les caillasse et il se précipite dans sa voiture pour appeler du renfort (il a l’air de se foutre de ma présence qui observe). Je recule rapidement (je me surprends de mon calme) et je vois une voiture de Police découverte qui cherche l’endroit. Pendant ce temps, le camion de pompiers et la voiture de la BAC se remettent dans la rue Van-Gogh et se protègent.
Dans la rue Van-Gogh, je vois plusieurs personnes qui téléphonent (deux en extérieur et une à sa fenêtre) et je me doute qu’elles sont en lien avec ceux qui caillassent (supposition de ma part). Les pompiers ayant terminé à temps, ils décident de partir et la BAC comme la Police en font autant. Je vois quatre habitants du quartier, qui me reconnaissent (je n’en reconnais qu’un) qui viennent voir « s’ils peuvent encore faire quelque chose ». Pour la moto, c’est trop tard.
Je reste deux minutes au cas où on m’interpellerait ou que l’on voudrait me parler puis je rentre chez moi avec plusieurs questions. Pendant ce temps, je suis surpris de la résignation des habitants du quartier qui passent, y compris dans la rue, comme si de rien n’était. Je leur souhaite de ne pas s’être habitué à cette vie. Mais je me demande si demain, je deviens Conseiller départemental, ce que je peux faire pour Grand-Vaux.
Les questions qui me préoccupent encore, à l’heure où je finis d’écrire cet article, rédigé dès qu je suis arrivé chez moi :
1. L’incendie de la moto est-il un règlement de comptes ?
2. L’incendie de la moto était-elle pour une question d’assurance ?
3. Ai-je été un pion en appelant les pompiers ? (Je déteste me sentir manipulé et c’est cela qui me gêne le plus ce soir.)
4. Le caillassage aurait-il eu lieu si la BAC n’était pas arrivée ?
5. Cet incendie était-il l’occasion de caillasser du « flic » ?
Je terminerai en précisant que les pompiers auraient pu être caillassé avant et que c’est seulement à l’arrivée de la Police que cela a dégénéré. Cela me rappelle que les « guerres civiles » (je ne sais pas pourquoi je pense à l’Algérie de 1956) s’intensifient lorsque la répression se fait. Y avait-il besoin de la Police ? Et de la BAC surtout ? J’ai pensé ce soir et je pense encore : « Putain, qu’est-ce que je peux faire pour aider Grand-Vaux ?« .


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