La géopolitique est la science des relations internationales. Elle est l’étude des facteurs qui sont à l’origine de la politique des états. Elle s’exprime en termes de puissance diplomatique, économique et militaire. Elle se résume par la maxime « Fort avec les faibles et faible avec les forts« , selon l’école de pensée réaliste, actuellement majoritaire dans le monde diplomatique.
La géostratégie est un des facteurs qui permet de comprendre la politique des états. Elle se définit par l’influence de la géographie (économique, militaire et terrestre) sur la stratégie des états. Elle a été théorisée par le Chinois SUN Tzu (VIème sicèle avant JC) puis complétée par le Prussien Carl VON CLAUSEWITZ (XIXème siècle). Elle reste une discipline formelle que l’Histoire a très souvent malmenée et qui ne s’adapte pas aux guerres asymétriques (guérilla ou guerre contre Daesh).
I. Jeux de pouvoirs
Les acteurs géopolitique sont des « puissances » qui s’équilibrent les unes les autres selon la théorie de la « balance des pouvoirs » (balance of powers). Il existe plusieurs types de puissances qu’il faut comprendre pour décrypter la géopolitique actuelle :
– les puissances qui ont un rôle sur la scène internationale : les pays du G20 auquel je rajoute Israël et le Pakistan qui possèdent l’arme atomique. Ces 22 états (qui ne sont que 21 sur les 193 pays reconnus internationalement) sont : le Canada, les États-Unis d’Amérique (EUA), le Mexique, le Brésil, l’Argentine, Le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Union européenne (UE), l’Afrique du Sud, la Turquie, Israël, l’Arabie Saoudite, la Russie, la Chine, la Corée du Sud, le Japon, l’Inde, le Pakistan, l’Australie et l’Indonésie.
– les puissances moyennes qui ont un pouvoir économique historique aux yeux de l’Occident : les pays du G8 : les EUA, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Canada, l’Italie, le Japon, la Russie. Il convient d’y rajouter le Brésil, la Chine et l’Inde.
– les grandes puissances qui sont membres du conseil de sécurité de l’ONU et possèdent un pouvoir diplomatique fort : les EUA, la Russie, le Royaume-Uni, la France et la Chine. Elles sont aussi fortes économiquement et militairement.
– les superpuissances qui dominent l’économie mondiale (ou un secteur de l’économie) grâce à leur armée ou leur diplomatie. Ce fut le Royaume-Uni avant 1872, les États-Unis depuis 1872, l’URSS entre 1945 et 1991 et bientôt la Chine.
– l’hyperpuissance qui domine le monde économiquement, militairement ou diplomatiquement. Ce fut le cas des États-Unis de 1991 à 2001 (officiellement encore aujourd’hui). Elle est forcément seule.
II. Les grandes puissances depuis 1945
L’Europe : La seconde guerre mondiale a rebattu les cartes des puissances en précipitant la décolonisation qui assurait la suprématie mondiale à l’Europe. La France et le Royaume-Uni sont alors passés du statut de « grandes puissances » avant 1960 à celui de « puissances moyennes » après. Pour conserver un reste de cette puissance, les Européens ont décidé de s’unir dans l’UE (d’abord la CECA en 1951 puis la CEE en 1957 avant l’UE en 1992).
Pouvoir économique en 2014 : bon
Pouvoir militaire en 2014 : nul
Pouvoir diplomatique en 2014 : moyen
La Russie : La seconde guerre mondiale a fait de l’URSS une superpuissance mondiale. Mais la chute de l’URSS en 1989 a directement rétrogradé la Russie au stade de « puissance », ce qui fut très mal vécu là-bas. Depuis, la Russie est redevenue une « puissance moyenne » grâce à Vladimir POUTINE et elle envisage de redevenir une « grande puissance » en fédérant les territoires de l’ancienne URSS autour d’elle. Soit en les annexant. Soit en se les attachant économiquement (avec la CEI – Communauté économique indépendante ou l’UEE – Union économique eurasienne).
Pouvoir économique en 2014 : moyen
Pouvoir militaire en 2014 : bon
Pouvoir diplomatique en 2014 : faible
La Chine : Après que les communistes eurent vaincus les nationalistes en 1949, ils ont tenté en vain pendant 30 ans de promouvoir une économie communiste. Puis réalisant leur échec, le pays amorce ses Quatre modernisations en 1978 sous l’égide de DENG Xiao Ping. Le pays finit de s’ouvrir à l’économie de marché en 1989, profitant du déclin de l’URSS. Il se met alors à acheter la dette américaine. Depuis, il avait pour but de devenir la première puissance économique mondiale, ce qui fut fait en octobre 2014.
Pouvoir économique en 2014 : très bon
Pouvoir militaire en 2014 : bon (en augmentation)
Pouvoir diplomatique en 2014 : moyen
Les EUA : Superpuissance en 1945 grâce à la victoire dans la 2GM, son ennemi héréditaire l’URSS meurt en 1991 asphyxié par la « guerre des étoiles » (programme de dépenses militaires). Les EUA restent seuls en piste et croient pouvoir imposer leur loi, notamment économique et commerciale, au monde. Mais les attentats du 11 septembre prouvent la contestation du nouvel ordre mondial qu’ils ont imposé. Depuis, ils accumulent les échecs militaires et OBAMA décide en 2009 le « stay behind » (rester derrière) donc de ne plus intervenir militairement. Ils redoutent la montée en puissance de la Chine et veulent la ralentir… Trop tard.
Pouvoir économique en 2014 : très bon
Pouvoir militaire en 2014 : très bon
Pouvoir diplomatique en 2014 : très bon (en diminution)
III. Autrement dit (les dénominations d’ordre sont personnelles)
L’ordre de Yalta-Postdam : 1945
Superpuissances : EUA, URSS
Grandes puissances : Royaume-Uni, France
Puissance : Chine
L’ordre post-guerre froide de 1991
Hyperpuissance : EUA
Puissances moyennes : Royaume-Uni, France, Chine
Puissance : Russie
L’ordre actuel en 2014 (officiellement)
Hyperpuissance : EUA
Grande puissance : Chine (en passe de devenir superpuissance)
Puissances moyennes : Royaume-Uni, France, Russie
IV. Les relations entre grandes puissances en 2014
L’UE n’a pas de diplomatie ni d’armée donc elle ne peut pas s’exprimer sur la scène internationale.
La Russie suscite toujours la crainte chez les Occidentaux (UE + EUA). Ces derniers veulent l’empêcher de reformer l’URSS. Ils s’opposent aussi à son rapprochement avec la Chine. Impuissante économiquement et diplomatiquement, elle n’est pas une menace.
La Chine se prépare à devenir une nouvelle superpuissance. Elle construit son armée et organise sa diplomatie. Elle intervient à l’international contre les pirates somaliens. Elle se rapproche de l’Europe pour le commerce, de la Russie pour l’énergie, des États-Unis pour asseoir sa domination économique par les accords conclus dans le cadre de l’ASEAN et rappeler qu’elle possède 50 % de la dette des EUA, de l’Afrique pour organiser son approvisionnement en matières premières, de l’Asie avec l’accord APEC pour confirmer sa domination de la région…
Les EUA font tous ce qu’ils peuvent pour empêcher le développement de la Chine notamment en lui demandant de réduire sa pollution industrielle. Ils délaissent donc l’Europe qui ne représente plus rien pour se tourner vers le Pacifique. Ils montent le monde contre la Russie afin de la rendre infréquentable. Ils cherchent à rester une hyperpuissance, même si les échecs en Irak et en Afghanistan et la crise économique de 2008 les ont sévèrement affaiblis. Ils espèrent dans l’ultralibéralisme et le gaz de schiste pour rester en place, mais ils se savent menacés et en veulent à OBAMA qu’ils rendent responsables de ce déclin.
V. Sujets de géopolitique contemporaine
A. L’année 2014 marque-t-elle la fin de l’hyperpuissance américaine ? Vous avez deux heures.
B. La Chine est-elle devenue une nouvelle superpuissance avec laquelle il faudra désormais compter ? Vous avez deux heures.
VI. Solutions aux sujets présentés sous la forme d’un article de presse avec 3 intertitres
Sujet A : L’année 2014 marque-t-elle la fin de l’hyperpuissance américaine ? Vous avez deux heures.
Introduction : Depuis 1989, les EUA sont une hyperpuissance.
Réponse tableau (peu appréciée des correcteurs mais conseillée car plus sûre)
La Chine gagne en puissance
Les EUA sont en déclin
La Russie et l’Europe s’organisent pour prendre leur place
Réponse contextuelle
En 2014, le monde change (Ukraine, EIIL, Chine 1ère puissance éco, accords OMC, accords APEC, accords ASEAN, accords climat…)
Les EUA sont en perte de vitesse – La Chine en profite
Les autres puissances essaient d’exister, en vain
Réponse thématique autour des EUA (conseillée pour les courageux)
Les EUA affaiblis par crise et échecs militaires
La Chine, danger n°1
Liguer les autres puissances contre la Chine
Conclusion : Les EUA sont encore l’hyperpuissance mondiale. Certes, ils déclinent mais ils peuvent envoyer leur armée où ils veulent et pas la Chine. De plus, la Chine connaît quelques résistances et tous les Chinois ne comprennent pas cette vocation à la superpuissance (tant qu’il y a de la croissance, c’est bon).
Ouverture : Vers un nouvel ordre mondial ! (affirmation)
Sujet B : La Chine est-elle devenue une nouvelle superpuissance avec laquelle il faudra désormais compter ?
Introduction : Une superpuissance en 2014 domine l’économie par les armes ou la diplomatie.
Réponse tableau (peu appréciée des correcteurs)
La Chine toute puissante en 2014
Les EUA en déclin en 2014
Le reste du monde en 2014
Réponse contextuelle
Le monde en 2014
Les signes de la puissance chinoise
Les résistances en Chine et dans les autres puissances
Réponse thématique autour de la Chine (conseillée)
La Chine et les EUA
La Chine et l’Asie-Pacifique (dont Russie)
La Chine et le reste du monde (UE + Afrique + Pays arabes)
Conclusion : La Chine sera bientôt une superpuissance mondiale. Mais elle connaît des résistances intérieures. Elle bénéficie surtout de l’affaiblissement des autres.
Ouverture : Vers un nouvel ordre mondial ? (question)
VII. La géopolitique des mouvements islamistes en 2014
Sujet : Expliquez la géopolitique des mouvements islamistes en 2014 (au travers des exemples de Boko Haram et de l’EIIL) – Vous avez deux heures.
En 2014, les mouvements terroristes islamistes n’ont jamais été aussi puissants. Que ce soit l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) qui regroupe 30 000 fanatiques terroristes et plus de 4 milliards de dollars US de fonds. Ou Boko Haram qui sème la terreur au Nigéria et perturbe la vie politique, économique et sociale du pays. Pourtant, leur ambition géopolitique est différente car Boko Haram a une ambition régionale en Nigéria exclusivement tandis que L’EIIL veut rassembler tous les musulmans du monde entier. Le but du devoir sera donc de dégager les points communs qui unissent les deux organisations.
VIII. Questions de géostratégie pour études de cas
Les onze questions CFAA ou CF2A : le contexte (5W), les forces, l’analyse et l’action.
A. Qui ? Quoi ?
B. Comment ?
C. Quand ?
D. Où ?
E. Alliés
F. Ennemis
G. Moyens – Combien ?
H. But – Pourquoi ?
I. Intensité
J. Menace
K. Conséquences et riposte
IX. Réponse à la question posée en VII
A. Les mouvements islamistes sont des groupes intégristes musulmans qui utilisent la religion islamique pour imposer leurs vues politiques, économiques et sociales. Ils s’appuient sur des interprétations extrêmes et de nombreux textes apocryphes comme les hadiths (commentaires de la vie du Prophète).
B. Ils chassent les pouvoirs en place par des actions terroristes, dans des pays du monde musulman, instables ou affaiblis.
C. Ils agissent dans l’ombre depuis la guerre Froide au cours de laquelle ils ont trouvé des armes. Ils profitent des guerres civiles ou du détournement de l’attention internationale pour attaquer. (2006 avec la guerre d’Irak, 2013 avec la guerre au Mali et la guerre en Syrie)
D. Ils agissent dans les pays d’islam qui sont instables politiquement et généralement affaiblis politiquement et économiquement. Ils profitent de terrains spécifiques pour se cacher (désert du Sahel, désert de Syrie, montagnes irakiennes…) ou s’organiser.
E. Les mouvements islamistes sont solidaires les uns des autres. Pour autant, ils se détestent tous entre eux puisqu’il ne peut y avoir qu’un seul calife de l’Islam.
F. Leurs ennemis sont les états qu’ils combattent et plus largement l’Occident qui conteste leur remise en cause de l’ordre mondial, le danger qu’ils représentent pour la sécurité des biens et des personnes et le trouble qu’ils portent au marché mondial.
G. Ces groupes islamistes sont composés de volontaires fanatiques allant de 600 pour Boko Haram (mouvement local) à plus de 30 000 pour l’EIIL (mouvement international). Ils disposent des richesses qu’ils acquièrent lors des prises d’otages, des pillages ou de la revente des matières premières spoliées dans les territoires ennemis (pétrole…)
H. Ces groupes islamistes veulent créer des états dans lequel ils auraient tout pouvoir et pourraient appliquer les préceptes d’un islam radical. Ils calqueraient alors la représentation d’un certain paradis sur la Terre.
I. Les mouvements islamistes ont besoin d’agir pour maintenir la pression sur leurs ennemis. Leurs attaques sont récurrentes et souvent spectaculaires.
J. Ils présentent une menace pour les états et les populations locales contre lesquels ils agissent. Plus largement pour les ressortissants étrangers qui pourraient servir d’otages et le commerce mondial qui pourraient être perturbé.
K. Ces mouvements perturbent les équilibres régionaux mais ne touchent pas directement aux intérêts des grandes puissances. En conséquence, les ripostes sont faibles et on laisse ces groupes agir.
X. Conclusion de la géopolitique des mouvements islamistes
Conséquence imprévue de la Guerre froide, ces groupes terroristes religieux sont inédits dans l’Histoire. Ils possèdent aujourd’hui des moyens militaires, humains et financiers qui leur permettent de soustraire des parties du monde à l’ordre géopolitique traditionnel.
Face à eux, le reste du monde ne sait comment intervenir. Car pour les vaincre, il faudrait miser sur une guerre totale coûteuse en hommes et en argent. Or, aucune des grandes puissances ne veut intervenir pour le moment à cause de la crise et des échecs passés.
Le nouvel ordre mondial pourrait donc voir une partie du monde disparaître de l’échiquier international car elle se fermerait au monde. À moins que les mouvements islamistes ne s’épuisent d’eux-mêmes et se dispersent progressivement. Mais seraient-ils remplacés ?

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