Selon Rifkin, les « pronsomateurs » ou consommateurs-producteurs fondent leurs échanges de biens et de services en dehors du marché. Pourtant, les entreprises de services partagés sont de plus en plus nombreuses à brasser des sommes folles, à entrer en bourse, voire à monopoliser des secteurs de services. Une attitude, qui tel un réflexe pavlovien, revient au marché.
Leurs noms vous rappelleront peut-être leurs campagnes de communication soigneusement maîtrisées : Uber (covoiturage), AirBnb (location), Lending Club (crédit participatif), Taskrabbit (traductions)… Ces sociétés sont fondées sur l’économie de partage. Leur force repose sur les économies qu’elles permettent de réaliser, grâce au faible nombre d’intermédiaires nécessaires pour accéder à leurs services.
Quand le marché devient superflu
Si chacun peut fabriquer ses biens avec son imprimante 3D et accéder à ses services à partir de son smartphone ou de sa tablette, à quoi servent encore les grandes entreprises ? Puisque les services sont présents en abondance sur le marché et que chacun peut les proposer, alors personne n’a besoin de les posséder. Le système de l’offre et de la demande est alors rompu.
Une alternative pas toujours heureuse
Ce système annonce toutefois un nouveau modèle de société basé sur la marchandisation des rapports humains. Sur l’exemple de Google et de Facebook, certains économistes comme Jean Gadrey s’interrogent sur un risque de monopolisation des plates-formes de partage. De plus, le droit du travail ne s’applique pas sur ces supports informatiques et les personnes qui les font vivre ne sont pas aussi bien protégés que les salariés. Enfin, ces structures arrivées à un stade de développement avancé, dans lequel elle touche plusieurs millions de personnes, risquent d’effacer la concurrence locale qui pourrait exister.
Un avenir sombre
Les puissances commerciales de l’OMC tentent de libéraliser toujours plus leurs échanges avec les traités TAFTA et PISA (voir encadré), preuve que le modèle économique dominant rencontre un essoufflement . S’appuyant sur l’Accord général sur le commerce des services (AGCS), ils devraient à terme mettre en concurrence tous les services des pays concernés, y compris les services publics. À partir de là, les entreprises de services pourraient porter plainte contre toutes les sociétés basées sur une économie de partage pour concurrence déloyale. Le prélude de ce futur conflit n’était-il pas la guerre des taxis contre les VTC (véhicule de tourisme avec chauffeur) ?
Olivier Vagneux

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